Les Roms et le modèle social européen
« Le modèle social belge est bon pour les Belges et les personnes d’origine étrangère ». C’est Thierry Jacques, le secrétaire général du MOC qui le dit. On aimerait bien le croire. Et il a d’ailleurs, en grande partie, raison. Notre modèle social fonctionne.
Mais difficile, quand on lit qu’il est bon AUSSI pour les personnes étrangères, de ne pas penser à la situation des Roms de Schaerbeek et d’Ixelles. Elle est indigne d’un Etat moderne, démocratique qui pointe dans le peloton de tête des indices mondiaux en matière de bien être.
La Belgique, en cela, ne diffère pas beaucoup de la France ou d’autres pays européens confrontés à l’afflux de Roms fuyant leurs conditions de vie, la plupart du temps déplorables, dans l’Europe centrale. Je me répète, cela ne veut pas dire que ces Etats ne font rien. Mais si ces politiques étaient concluantes, nous ne ferions pas face à des situations de crise comme celles du Polygone et de la Gare du nord.
Tout le monde est d’accord. Personne (ou presque) ne fait rien.
Et tout ceci apporte de l’eau au moulin de ceux qui considèrent que notre modèle social, un Etat providence de type bismarckien qui a été, en fin de compte, très peu réformé, est en train de foncer dans le mur.
Tout est évidemment question de perspectives et d’alternatives. L’Etat providence à un coût mais également une valeur ajoutée. On sait notamment, à titre d’exemple, que plus de 50% des moyens consacrés à l’assurance-maladie reviennent dans l’économie sous la forme de salaires et d’honoraires médicaux ou de prestations/fournitures de services et de produits (médicaments, implants, etc…).
Mais revenons aux Roms.
Une des grandes failles du modèle social européen est sa déconnexion complète par rapport à la libre circulation des personnes (légale ou non) et à la mondialisation.
Cela pose un double problème :
1°/ Si les régimes de protection sociale sont coordonnés, il subsiste une série de lacunes dans l’ouverture des droits sociaux. S’ils ne sont pas ouverts dans le pays d’origine, ils ne le seront pas dans le pays d’accueil. Premier gros problème pour les Roms qui sont la plupart du temps à l’écart des circuits d’aides sociales dans leurs pays d’origine. En outre, sachant que les pays d’Europe centrale réforment à tour de bras leur régime de sécurité sociale à coup de coupes sombres et de réductions de droit, on est pas proche d’une issue de ce côté-là.
2°/ Nos modèles sociaux restent très fort imprégnés d’accents bismarckien. La sécurité sociale est une assurance publique couvrant les risques liés au travail. Dans ce contexte comment imaginer un instant que les Roms puissent intégrer un schéma qui exclut, du reste, de plus en plus de personnes qui n’ont jamais eu accès au monde du travail.
Une incise sur la question de la remise à l’emploi. J’ai été écouté Peter Harz au récent forum de la FEB venir parler de la réforme du marché l’emploi en Allemagne. L’homme est intelligent, le discours est séduisant intellectuellement. Harz IV (nom barbare donné à sa réforme) est un cas d’école de réforme d’un modèle social. Politiquement plus que correcte puisque menée par un gouvernement « de gauche » (du moins social-démocrate).
Mais comment éviter les questions qui fâchent sur ce sujet quand on voit les résultats sous-jacents : paupérisation des travailleurs, précarisation des assurés sociaux quand bien même ceux-ci ont cotisé durant de longues années., etc…
C’est pourtant dans l’air du temps. La protection sociale ne survivra que si elle se « downsize ». Tant pis pour les conséquences. C’est un moment dur à passer. Ca ira mieux demain…
L’histoire est un éternel recommencement sur le sujet. Thatcher ne disait pas autre chose quand elle s’est attaquée à la réforme de la sécurité sociale britannique. 25 ans après, elle ressemble à une usine à gaz inefficace, coûteuse n’assurant à peu près plus aucune protection (chômage, invalidité, pauvreté, pension,…) hormis la gratuité des soins médicaux de base.
Objectivement, et on pourrait affiner l’analyse, toutes les remise à niveau des modèles sociaux vers le bas ont certainement eu des impacts budgétaires favorables à court terme mais ne semblent avoir rien résolu sur long terme.
La sécurité sociale est une assurance pas un médicament miracle. Quand le risque social augmente, le coût augmente. Regardez les fluctuations du prix des primes des assurances privées : automobiles, incendies, etc… , elles suivent l’évolution du risque. Le passage vers un régime privé de sécurité sociale ne change rien à l’affaire et peut même avoir tendance à augmenter les coûts.
Et la dimension internationale du problème ne fait que l’amplifier.
Les Roms sont, en cela, un cas d’école intéressant. Un très bon baromètre, une forme d’anticipation. L’ouverture des frontières, le démantèlement de la protection sociale dans certains Etats européens, la répétition de crises économiques particulièrement tenaces provoque de nouvelles formes de migration européenne qui ne vont que faire que s’amplifier. Le nouveau migrant européen est confronté à une double recherche : le marché du travail le plus ouvert ou, en période de basse conjoncture comme celle que nous vivons, le modèle social le plus généreux.
Lorsque l’union monétaire était la priorité des Gouvernements européens, ce modèle social était considéré comme un problème accessoire. La croissance assurée par l’Euro allait régler tous les problèmes liés à la prospérité et à la redistribution des richesses. Par un retour de manivelle prévisible, la précarité et la paupérisation de la population européenne provoqué par la crise des dettes souveraines (et de l’EURO) va ramener immanquablement la nécessité d’une protection sociale européenne à l’avant de l’agenda politique…
Troy, Ivan et moi
L’assassinat légal de Troy Davis par l’Etat de Géorgie a donc eu lieu comme prévu, cette nuit.
Pour ceux qui suivent un peu l’actualité de la peine de mort aux Etats-Unis, cela n’a pas vraiment constitué une surprise. Les juridictions américaines sont totalement imperméables aux critiques, à fortiori quand elles viennent d’Europe.
La peine de mort confine à l’absurde aux USA. La question de la culpabilité des condamnés tend à devenir secondaire et s’efface devant des considérations purement sécuritaires. La peine n’a aucune vertu réparatrice pour les victimes, elle vise avant toute chose à protéger la société contre le danger constitué par le condamné. C’est donc en vertu de cette fonction protectrice que le doute ne lui profite jamais. La dangerosité présumée de Troy Davis a primé sur toute autre considération en vertu d’un adage souvent vérifié « mieux vaut un innocent qu’on exécute qu’un condamné qu’on libère ».
Vu comme ça, la peine de mort est un crime contre l’humanité perpétré par l’humanité. Ce qui différencie la peine de mort du crime individuel c’est cette institutionnalisation. Le nazisme et le stalinisme, entres autres choses, ont heurté les consciences collectives par leur organisation implacable, l’industrialisation de la mise à mort. La mort y est donc institutionnalisée. Elle devient le bout de la chaîne d’un système carcéral et concentrationnaire mis en place pour, là aussi, sécuriser la société. Sans rentrer dans les comparaisons ineptes entre la démocratie américaine, l’Allemagne nazie ou l’URSS sous Staline et sans faire dans le relativisme, il y a une forme de continuité fonctionnelle entre ces systèmes d’élimination physique : la mise à l’écart d’éléments jugés dangereux pour des raisons objectives ou subjectives. C’est sans doute la raison pour laquelle la peine de mort indigne autant. A fortiori quand elle est perpétrée dans un Etat démocratique.
Mais quelle indignation…
Les condamnés ne sont pas égaux devant l’indignation. C’est une évidence. La nuit même où Troy Davis était assassiné, dans le brouhaha médiatique qu’on a vu, l’Etat du Texas a exécuté Lawrence Brewer.
Brewer est un meurtrier qu’il n’est pas très politiquement correct de soutenir. Blanc, membre du KKK, auteur d’un crime aux motivations ouvertement racistes, il n’a, semble t’il, jamais émis le moindre remords.
Brewer, c’est le tout venant des condamnés à mort. Avant lui, il y avait eu, par exemple Mark Stroman exécuté le 20 juillet, assassin avéré d’un épicier d’origine indienne dont le principal tort était d’avoir ravivé chez Stroman la crainte d’un nouveau 11/9 et suscité l’envie de terminer le job que son pays n’avait pas fait.
Le couloir de la mort n’est pas rempli de Troy Davis ou de Todd Willingham. La peine de mort n’est pas qu’une question raciale ou de fonctionnement de la justice. C’est avant tout chose une question de principe lié à la nécessaire limitation du pouvoir régalien de l’Etat. Celui-ci devrait s’interdire de disposer du droit de vie et de mort sur ces citoyens. C’est ce principe qui, en principe, nous a fait passer de la féodalité à la société moderne. Ce stigmate dont toutes les démocraties européennes ont réussi à se débarrasser, les USA continuent à le porter comme une immonde verrue sur le nez.
Pourtant, je suis heureux de voir que le cas de Troy Davis a suscité tant d’indignation et de compassion. S’il ya avait que des Brewer et des Stroman, la peine de mort serait sans doute vue par une bonne partie d’entre nous comme un mal nécessaire ou une question secondaire.
Brewer ou Stroman auraient pu devenir mes pen friends. Le hasard m’a mis sur les traces d’un autre condamné. Un jour de 2008, j’ai décidé de franchir le Rubicon et de transformer mon aversion pour la peine de morts en engagement concret. J’ai entamé une correspondance avec Ivan Abner Cantu, prisonnier n°999399 condamné à mort par l’Etat du Texas le 11/08/2001 et incarcéré depuis dans la prison de Livingston, Polunsky Unit. Ivan a donc fêté ses 10 ans de death row cet été. Je me suis bien gardé de les fêter avec lui d’autant qu’une date d’exécution se profilait à ce moment. Ivan devait être exécuté le 30 août dernier. Grâce au boulot d’une avocate particulièrement pugnace et efficace, il a obtenu un report de cette exécution. Le temps pour elle d’introduire de nouvelles requêtes. Avec un fol espoir mais beaucoup de lucidité, renverser la décision d’un jury populaire est mission presque impossible, il suffit de regarder la triste fin de Troy Davis.
J’ai fini par ne plus poser la question de sa culpabilité. C’est à son avocate de le faire, moi c’est au frère humain que je parle, pas à un client que je défends.
4 rencontres dans le parloir et près d’une centaine de lettres échangées depuis, je n’ai pas acquis la conviction objective qu’Ivan était coupable ou innocent. Une série de faits pourraient l’accabler alors que d’autres le disculpent. Subjectivement j’ai acquis la conviction que c’était un homme bien. Un type comme on voudrait en avoir un peu plus dans son entourage. Empathique, optimiste, curieux intellectuellement. La prison ne lui a pas fait de bien, c’est une évidence. 10 années qu’il pourrit dans 6m² habillé de vêtements en lambeaux gracieusement payés par l’Etat du Texas, à devoir compter sur l’aide financière extérieure pour s’acheter du papier toilette et du dentifrice, choses que la prison semble ne pas vouloir fournir en suffisance.
Quand bien même, il aurait commis ce dont il lui accuse, malgré tout ce que la prison lui a mis comme entraves, il a plus que payé une dette d’un double meurtre dont il n’est sans doute pas l’auteur. Dans une démocratie fonctionnant normalement, il devrait pouvoir commencer à penser à sa réinsertion dans la société. Au Texas, il en est à se battre pour ne pas être exécuté par l’injection d’un médicament destiné, en première instance, aux animaux.
Je ne pense pas un instant qu’écrire et rendre visite à Ivan va faire changer d’avis à la majorité texane, dirigé par un illuminé appelé Rick Perry. Les seuls contacts locaux que j’ai lors de ces visites ce sont les rapports purement administratifs avec la prison. Je ne suis même pas sûr que l’ensemble des personnes que je croise dans ces contacts sont des militants convaincus de l’utilité de la peine de mort. Je crois que comme beaucoup de petits kapos de camps de concentration, ils s’en foutent, au pire et, au mieux ils font parfois preuve de beaucoup de compassion à l’égard des prisonniers. La prison est le principal employeur de la région. Le Texas, contrairement à la légende, n’est pas un état socialement très développé et chaque boulot stable et pas trop mal payé est bon à prendre.
Ce n’est pas l’Europe qui amènera les Etats-Unis à revoir leur position sur la peine de mort. Par contre, écrire à un condamné à mort, c’est lui montrer que toute l’humanité n’est pas coupable de son crime. Que s’il est commis en mon nom (ou du moins au nom des citoyens de l’Etat du Texas à qui je reconnais malgré tout encore le droit de faire partie de l’humanité), ça ne signifie pas pour autant que je le cautionne. C’est un engagement humaniste, au sens premier du terme.
Ce qui changera peut-être un jour les choses, ce sont les abolitionnistes américains. Pas ce Président qui a suscité tellement d’espoir chez les démocrates de tous poils mais qui n’a même pas pu lever le petit doigt pour Troy Davis. Ce Président capable de faire assassiner Ben Laden mais qui ne peut empêcher l’assassinat légal d’un probable innocent à quelques centaines de kilomètres de la Maison blanche.
Les abolitionnistes américains, ce ne sont pas que les intellos de la côte est qui parle le même langage que nous. Ce sont aussi et avant toute chose des gens comme Tammy Pelicer, pur produit de la middle class de l’Ohio, atterrie en Louisiane suite aux aléas de la vie. Mère célibataire qui reprend des études de psychologie et qui, convaincue de l’importance de la peine de mort, réalise un travail d’études sur la death row. Tammy Pelicer qui, transformée par ce qu’elle y a vu, devient une abolitionniste farouche, et qui, par la grâce d’un mariage non célébré, devient également Tammy Cantu.
Ce sont des gens comme Tammy Cantu qui sauveront peut-être un jour les Etats-Unis de cette faillite morale et barbare qu’est la peine de mort.
La lutte contre la peine de mort n’est pas qu’un combat politico-judiciaire. C’est avant toute chose une question d’humanité. Le choc entre deux conceptions radicalement opposées de l’humanité. La leur et la nôtre.
Pour en savoir un peu plus, le récit, fort incomplet, de cette correspondance : http://talesfromthedeathrow.wordpress.com/
Les Roms du 227b, update
Allez hop, transformons ces pages en récit de l’expérience dans laquelle je me suis engagée il y a quelques jours.
Passage donc ce jeudi sur l’heure du midi. Rendez-vous donné à une généreuse donatrice (elle se reconnaîtra). L’ambiance difficilement descriptible du squat vous prend à la gorge dès que vous y entrez. Il y a du monde. Des éducateurs de rue, des bénévoles s’occupant d’un autre groupe de Roms (celui de la gare du nord). Palabres. A qui donner en priorité ? La situation n’est pas claire. On annonce leur expulsion imminente mais impossible de vérifier l’info. Il y aussi les Roms de la gare du Nord dont la situation est, dit-on, bien pire et dont l’expulsion est, elle, très proche.
La Commune d’Ixelles est là en tout cas. Elle analyse la situation et a fourni des sandwichs aux familles. En principe tous les midis (sauf le week-end) , elle devrait apporter de quoi les nourrir. Mais honnêtement quels sont ses moyens pour agir face à ces situations d’urgence ? On le répète, ce ne sont pas des réfugiés politiques, leur accès à l’aide sociale est conditionnée, ils tombent entre les mailles de la plupart des filets de protection sociale.
Et le problème reste entier, même si beaucoup de dons ont afflué ces derniers jours, on manque de tout au Polygone : matelas, couverture, lait maternisé, carte de tram (logique on va pas les inciter à frauder dans la STIB pour aller chez le médecin…). Les agents de la Commune présents sur place me confirment qu’à ce stade ils n’envisagent pas de fournir autre chose que de la nourriture. Question de moyens, pas de bonne ou de mauvaise volonté. Tiens, c’est le service prévention qui intervient, pas le CPAS.
La communication n’est pas évidente. On me demande un médecin. J’essaie de leur donner les coordonnées de Médecins du monde et de leur CASO (http://www.medecinsdumonde.be/Le-Centre-d-Acceuil-de-Soins-et-d.html) pour les soins d’urgence. Je prends le gsm d’un des papas, j’encode le mot doctor et je tape le numéro de téléphone du CASO. Scène surréaliste…
D’autres gens passent, déposent des colis. Discutent avec eux, s’informent.
La coordination entre les bénévoles essaie de s’organiser. Et s’organise. Donner n’est pas un problème. Se transformer du jour au lendemain en pro de l’humanitaire, par contre… . Et si des des pros, justement, prennaient le relais.
Concrètement, je ne repasserai pas avant samedi. Les réserves de nourriture ont l’air suffisante, surtout si la Commune leur apporte encore des sandwichs demain.
Ce week-end, je passerai avec de la nourriture plus des dons en nature que quelques personnes m’apporteront. Merci à eux.
En première ligne, c’est toujours la Fondation des Petits Samouraïs qui fait le gros du boulot avec ses bénévoles extraordinaires.
Après ? Ce n’est même plus une partie de ping pong. C’est la résolution d’un problème qui semble en tout point insoluble. On peut évidemment se perdre en vœux pieux : il faut les aider, leur fournir une formation, un boulot, un logement… . J’arrête l’énumération. Ca me fait presque sourire. Quand on pointe son nez dans le polygone, on bascule vraiment dans un autre monde. On croit être blindé après avoir été à Gaza, dans les entrailles de N’Djilli ou dans le couloir de la mort au Texas mais finalement à quoi bon parcourir le monde pour se donner ce genre de frissons quant à 200m de l’Amour Fou ou du Volle Gas, un cloaque accueille une soixantaine de Roms dans des conditions dignes du 19ème siècle…
Contact : joseph.kaffe@gmail.com
SOS Roms – Ixelles – Suite mais pas fin
La genèse
Un article de presse de Marc Metdepenningen dans le Soir du 6 septembre. Description crue de la situation d’une soixantaine de Roms qui, expulsés d’un immeuble d’Etterbeek, ont retrouvé un logement provisoire grâce à l’aide d’une série de bénévoles réunis au sein de la Fondation des Petits Samouraïs.
Sur un coup de tête, je fixe rendez-vous via Twitter à toute bonne volonté pour aller évaluer la situation de visu. Je prends contact avec les bénévoles et lance quelques filets à droite et à gauche pour voir où je mets les pieds. La fondation, médecins du monde, etc … . On est devant une situation assez grave. Quelques enfants sont malades, on ne parle même pas de leurs droits les plus élémentaires comme celui à la scolarité.
Sur place, tout se décante très vite. Ces Roms, exclus de facto de tous les circuits classiques de l’aide aux réfugiés, puisque ressortissants de l’Union européenne, sont livrés à eux-mêmes et dépendent de l’action d’une série de bénévoles. Aidés sur le plan juridique et médical, ils ont par contre besoin de fournitures de base : nourritures, couvertures, …
La suite est connue. Un tweet, 2 tweets, quelques re-tweets. L’info fait le tour de twitter. Provoque 2/3 commentaires sarcastiques, quelques mots d’encouragements. Dans ma messagerie, c’est le désert à quelques exceptions près.
Sur le coup de 13h, je suis avec 2 sacs remplis de nourriture non périssable. 1 puis 2 et enfin 3 personnes arrivent. Avec des provisions. Assez pour une première distribution qu’on organise tant bien que mal avec les familles présentes. Ca se déroule dans le calme. Il doit y en avoir pour quelques jours de nourriture. C’est vraiment bien. Je m’attendais pas au Band aid.
Voilà, fin de l’acte 1.
Un geste politique ? Idéaliste ? Non. Juste humaniste
Je connais un peu la situation des Roms. Quand on a beaucoup voyagé dans les pays d’Europe centrale, en dehors des circuits touristiques, il n’est pas difficile de se forger une opinion sur leurs conditions de vie. Elles sont, dans la plupart des cas, très difficiles. Contrairement à une idée reçue, les Roms sont très souvent sédentarisés et n’aspirent à l’exil permanent.
La situation est complexe. Avec l’aide de l’Union européenne, les pays d’Europe centrale ont développé des politiques d’inclusion sociale. Les moyens sont souvent là. Et parfois ça marche. Il serait idiot de pointer du doigt « ces pays » qui seraient les seuls responsables de la situation.
Seulement la société ne suit pas le politique et l’inclusion des Roms se heurte à une série de barrières invisibles : préjugés historiques, peu de représentation politique, discriminations à l’embauche et dans l’éducation. Puis, il faut pouvoir le dire, leurs structures sociales peinent à s’adapter aux sociétés dans lesquelles ils sont installés. Bref une situation trop complexe que pour le regarder avec un regard manichéen.
Ce qui est sûr par contre, c’est que les tendances sont inquiétantes. La Hongrie s’est lancée, sous l’impulsion du gouvernement populiste dirigé par le Fidesz, dans une politique de discrimination de moins en moins larvées à leur égard. La société tchèque, une des plus tolérantes d’Europe centrale pourtant, connaît une véritable hystérie anti-Roms suite à une série d’évènements intervenus en Bohème du nord.
Il ne faut pas être devin pour comprendre que ce qui se passe au 227b chaussée d’Ixelles, et ce qui s’est passé avant, ne sont que des avant-goûts.
Il ne faut donc plus leur donner, ils se complaisent dans cette situation d’assistés. En leur donnant, on crée un appel d’air et cela donne un signal à tous les Roms d’Europe : venez à Bruxelles
Ces arguments ne sont pas dénués de sens. Instituer un système de charité organisée ne va rien résoudre sur le long terme. Et se montrer trop généreux va certainement diriger d’autres familles vers Bruxelles. Comme ce le fut avant (ce ne sont pas les premiers Roms à arriver à Bruxelles).
Mais sous prétexte que ce n’est pas la première famine dans la Corne de l’Afrique et que les gouvernements locaux portent une énorme responsabilité dans l’appauvrissement dramatique de leurs populations, faut-il laisser ces populations mourir de faim ?
Et puis, force est de constater que malgré les efforts produits pour intégrer les Roms dans les pays où ils sont actuellement installés, ces personnes, sédentarisées pour la plupart je le rappelle, continuent à affluer vers l’ouest de l’Europe… . C’est que quelque chose n’a pas marché.
Alors bien entendu, je ne pense pas un instant qu’apporter des kilos de purée mousseline et des bonbons au coca va régler la situation des Roms. Je ne me place pas dans un champ politique. Je crois que la Belgique fait ce qu’elle peut, qu’elle pourrait sûrement faire plus mais que la question Roms dépasse de loin ses compétences. Et encore plus les miennes.
A force de s’attacher à remettre tout dans un contexte global, à structuraliser les questions et les problèmes, on perd le sens de la réalité immédiate. Moi je m’attache, à la réalité immédiate : la situation des ces Roms. Pas des Roms en général.
Oui dans un monde idéal, les Roms vivraient en harmonie dans les sociétés d’Europe orientale où ils sont installés depuis des lustres.Mais ils viennent chez nous. Crever la dalle à nos portes. Dans ces conditions, les questions politiques deviennent un peu secondaires. Et qu’à ce stade, sans cette charité, ils n’ont rien à manger et aucune ressource pour se procurer le minimum vital.
Et on finit par sortit du débat politique. On rentre dans le ressort de l’humanisme, une certaine forme de fraternité humaine. Peu m’importe les causes, je fais face aux conséquences. Quand on croise un mourant dans la rue, on ne lui demande de quoi il meurt mais on essaie de l’aider. C’est du moins ma conception de l’humanisme. Chose qui, en Belgique et dans nos sociétés en générale, s’apparente au mieux au gadget politique, au pire en gros mots à l’usage des boys scouts.
Des réseaux sociaux pas très sociaux
En lançant cet appel, j’étais très réaliste. On a beaucoup glosé sur l’importance des réseaux sociaux au moment de la catastrophe du Pukkelpop mais est-ce que quelqu’un a pris la peine de vérifier qu’au-delà du retweet (geste aussi difficile à faire que de forwarder un email), une véritable solidarité s’est construite ? Je suis sceptique.
Je ne vais pas cracher sur l’outil. Des personnes sont venues via Twitter (et je les en remercie), d’autres se sont manifestées et interviendront. Sans Twitter, je me serais retrouvé complètement seul.
Se pose surtout, et de manière invariable, la nature de la cause. Twitter, ça marche pour les causes consensuelles. Quand on se sent concerné. On connaissait tous quelqu’un au Pukkelpop. Les platanes de l’avenue du port, on les adore. Les Roms, par contre, on connaît mal. On va (moi en premier) avec toute la bobosphère bruxelloise se trémousser sur les fanfares serbes à Balkan Traffik mais au-delà de ça, c’est un monde mystérieux. Puis, je me répète (sans pour autant le penser), c’est quand même à LEURS gouvernements de régler la question…
La suite
Je suis content de ce qui s’est passé. Des personnes sont venues, les médias commencent à se mobiliser. Le geste posé n’était pas inutile. Ils avaient, et ont toujours, réellement besoin de cette aide. En principe, les pouvoirs publics semblent prendre le relais. La commune d’Ixelles se serait engagée à fournir une aide matérielle.
On avisera pour la suite. Encore les aider quelques jours le temps que tout se mette en place. Mettre en relation les personnes qui se sont manifestées avec les bénévoles et les quelques Roms avec qui j’ai pu faire connaissance. Encore me servir de Twitter. Puis évaluer et suivre la situation de près. Et puis si le soufflé retombe, être là de nouveau.
Pour l’avenir rester vigilant… Car oui ce qui se passe au 227b chaussée d’Ixelles n’est pas un fait isolé. Que sans une politique structurelle, on connaîtra encore des situations d’urgence comme celle-là. Eviter de donner des leçons aussi. Nous n’avons pas à en donner aux Slovaques, Hongrois ou au Roumains. Tous les Etats européens sont, dans une certaine mesure, responsables de cette situation dès l’instant où l’on crée un espace dit de libre circulation. Et puis admettre que le problème des Roms n’est pas qu’un problème géographique mais serait même avant toute chose un problème humain…
Sur la même question et d’autres modalités concrètes pour aider ces roms on lira aussi les posts d’Anne Löwenthal http://annelowenthal.wordpress.com/2011/09/07/64-roms-dans-un-squat-qui-sont-ils-que-demandons-nous/
SOS Roms – 227b chaussée d’Ixelles
(Evidemment, je ne pensais pas que ce blog famélique et débutant servirait à ça mais tant qu’à s’en servir)
Une quarantaine d’enfants roms squattent avec leurs parents un bâtiment désaffecté de la chaussée d’Ixelles.
Perdus dans les entrailles du droit d’asile, ils n’ont pas accès au statut de réfugiés puisque ressortissants de l’Union Européenne (ils sont originaires de Slovaquie).
Mais c’est bien d’urgence humanitaire dont il est question.
Aidés par des bénévoles (dont la fondation des petits samouraïs dont voici la page facebook http://fr-fr.facebook.com/pages/Fondation-les-petits-samourais-Fonds-de-kleine-samourais/160191850694680?sk=wall&filter=2), ils sont en mode survie en recherchant des solutions un peu plus durables.
On ne vas pas entamer ici et maintenant un débat politique sur la question. Les urgences sont ailleurs. Même si un jour la question des Roms devra être traitée de manière plus responsable par la Belgique et tous les Etats membres de l’Union Européenne.
Mais l’urgence n’est pas là. L’urgence c’est 43 gosses et leurs parents qui vivent dans un squat et qui n’ont pas à manger à leur faim dans la capitale de l’Europe.
Alors pour faire bref et simple, on va se fixer rendez-vous demain (7 septembre 2011) à 13h au 227b chaussée d’Ixelles.
Amenez selon vos moyens et vos disponibilités les choses suivantes :
- Purée mousseline (très facile à préparer )
- Conserves diverses
- Chaussures pour enfants (taille 29 à 35/36)
- Matelas et couvertures
- Lait maternisé Nan AR2
Coca, bonbons et autres petits trucs pour faire plaisir aux enfants.
On sera aidé pour la distribution, les familles commencent à s’organiser et des bénévoles présents sur place pourront nous aider.
Merci de vous annoncer en me prévenant de votre venue. Je suis en contact avec la Fondation des Petits Samouraïs pour éviter les doublons.
Voilà. Montrez-moi que les réseaux sociaux peuvent AUSSI se montrer concrets.
Contacts via :
@josefkaf sur twitter
2/3 choses que je sais de Rick Perry
La crise politique belge se traîne en longueur. Le réflexe de survie du boulimique d’actualité est de se tourner compulsivement vers la France. Lassé par l’affaire DSK et du procès Chirac et stupéfait de l’inconsistance du débat politique à l’approche de la présidentielle, il franchit l’étape suivante et va voir de l’autre côté de l’Atlantique pour voir ce qu’il s’y passe.
Et comme les primaires américaines sont une source inépuisable de commentaires dignes du café du commerce. Je vais donc ajouter les miens…
Quand Georges Walker Bush a déboulé dans la campagne pour la présidentielle de 2000, on l’aurait presque trouvé sympathique. Evidemment il exécutait à tour de bras les condamnés à mort au Texas, il était l’affidé des pétroliers texans dont l’altruisme n’est pas la première des qualités et il restait très ambigu sur une série de fondamentaux de l’éthique politique européenne. Mais son positionnement socio-économique modéré, son conservatisme compassionnel et son ouverture aux minorités en faisait un candidat conservateur un peu soft qui aurait pu être parfaitement acceptable. Certes, on a vu ce que cela a donné mais il était difficile à cette époque de prévoir le 11 septembre, l’Irak et toutes les faillites de sa présidence dont une dette colossale et la crise des subprimes laissées en héritage à son successeur qui risque de payer au prix fort l’état calamiteux de l’économie américaine laissée en héritage au terme des 8 années de présidence du rejeton de Georges « read my lips, no more taxes » Bush.
Voici donc que dans un remake dont les primaires américaines sont coutumières, un nouveau gouverneur du Texas se lance dans la course, avec de bonnes chances, au final, de l’emporter.
Pour l’opinion européenne, Rick Perry est encore un sombre inconnu. C’est souvent le cas. Qui connaissait Clinton en 1991, Bob Dole en 1995, John Kerry en 2003, John Mc Cain en 2007, etc… . La politique américaine est basée sur un turn over inimaginable en Europe où nous sommes habitués à « traîner » les mêmes têtes durant des décennies. Chose inconcevable dans un pays où l’usure du pouvoir est quasi-impossible.
Cet ancien pilote de l’US Amry dirige depuis, décembre 2000, le Texas. Autrement dit une tour de contrôle idéale pour accéder à la maison blanche, à condition de passer la case primaire.
La situation actuelle du GOP étant ce qu’elle est, Perry a toutes les chances d’aller affronter Obama en se débarrassant du Gouverneur Mitt Romney, coupable pour la faction la plus droitière des conservateurs d’avoir mis en place une assurance soins de santé publique dans son Etat (le Massachussets) et Michele Bachmann que les stratèges du Parti (Karl Rove en tête) jugent beaucoup trop extrémiste pour aller l’emporter dans une série d’Etats clés comme la Californie et la Floride.
Présentable et lisse en apparence, Perry serait donc une bonne synthèse entre un conservatisme crédible de « gouvernement » et les Tea Party.
Le Gouverneur du Texas essaie avant toute chose, dans sa stratégie de campagne, d’imposer l’idée d’un miracle économique texan. Croissance économique plus élevée que dans tous les autres Etats, diminution de la fiscalité, du chômage, création d’emploi, le Texas serait donc, bien avant la Californie, le poumon d’une économie américaine famélique.
C’est sans doute oublier quelques éléments que les nouveaux hagiographes de Perry omettent bien de préciser et que Paul Krugman démonte brillamment (et factuellement) dans une opinion du 12 août (the Texas unmiracle) : http://www.nytimes.com/2011/08/15/opinion/the-texas-unmiracle.html.
Et encore Krugman omet de mentionner que le déficit texan a été multiplié par 4 depuis que Perry a succédé à W. pour atteindre près de 300% du produit intérieur de l’Etat. Un miracle, on vous disait.
Perry, c’est aussi une conception assez étonnante de l’Union pour un candidat au bureau ovale puisque la sécession du Texas est une de ses marottes http://www.huffingtonpost.com/2009/04/15/gov-rick-perry-texas-coul_n_187490.html
Mais Rick Perry c’est enfin une certaine idée des droits humains : interdiction de l’IVG, criminalisation de l’homosexualité, etc… .
La coupe est pleine ? Même pas. S’il est un domaine où Rick Perry bat tous les records, c’est bien celui de la peine de mort. On ne glosera pas sur la spécificité américaine en matière de peine de mort. Démocrates et Republicains font souvent consensus sur cette question. Clinton l’appliquait sans scrupules lorsqu’il était Gouverneur de l’Arkansas et Obama se tait dans toutes les langues quand certains lui rappellent qu’il y était opposé avant de devenir Senateur de l’Illinois et que depuis, sa position ayant évolué depuis (dès son intronisation, il a régulièrement déclaré y être favorable pour les « cas les plus graves »).
Ceci étant dit, la pusillanimité des Démocrates sur cette question fondamentale n’exonère pas Perry. Dans un Etat où les condamnés à mort bénéficient de conditions de détentions inférieures à celles des prisonniers de Guantanamo (ce qui situe la place de ces détenus dans l’échelle des valeurs américaines), Perry est parvenu à faire mieux que G.W. Bush, ce qui en soi, tient de l’exploit.
- 234 exécutions depuis 2000
- 1 grâce accordée malgré plusieurs recommandations du Bureau des grâces du Texas (qui passe pour être un des plus sévères des Etats-Unis pourtant)
- Refus d’appliquer le moratoire sur l’exécution des déficients mentaux
- Et puis surtout l’impression d’une justice bâclée que résume à elle-seule l’affaire Todd Willingham (http://www.newyorker.com/reporting/2009/09/07/090907fa_fact_grann) dans laquelle Perry et la justice texane s’entêtent à refuser à la défense de cet homme exécuté en février 2004 la réouverture d’un procès malgré des preuves évidentes de la faillite de l’accusation.
Bien entendu, ce n’est pas nous, bien pensants d’Européens, qui éliront le prochain Président des Etats-Unis. Et encore moins nous, droits de l’hommistes, qui allons choisir le candidat du GOP dans la prochaine élection.
Ceci étant posé, force est de constater que ce libéralisme américain décomplexé (mais peut-on parler encore de libéralisme quand on voit tout ce que Perry veut interdire) séduit en Europe. Que certains de nos responsables politiques s’entichent même de ce genre de personnages qui, en Europe, ferait passer Marine Le Pen ou Geert Wilders pour d’aimables sociaux-démocrates. Ce qui explique sans doute pourquoi j’avais envie d’écrire 2/3 choses que je sais de Rick Perry.
A propos des vases communicants…
Job losses cut wide swath in California.
Un article pas très récent (enfin moins d’un an) mais qui illustre que le marché de l’emploi aux Etats-Unis et la sécu US (oui oui, elle existe) connaîssent le même type de problèmes que ceux que j’ai relevés dans les deux billets précédents.